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Camille Leyvraz

"La nuit me dit qu’il naîtra tout gris, tout froid, et j’ai peur en ouvrant les yeux. Je pose mes mains sur le ventre, la bosse est toujours là. Je toque. Ça ne bouge pas. Je toque fort, plus fort, je tambourine. Tu es toujours là ? Rien. J’ai comme un coup dans la poitrine, ça bloque, l’air fait mal en passant. Je me redresse, je regarde la bosse, je ne la frappe plus. Ça dort peut-être seulement. J’enfonce mon doigt dans le nombril, j’appuie un peu, je bouge, tourne dans un sens, dans l’autre, secoue le ventre. Je serre fort, compte jusqu’à sept, et lâche. La bosse se modifie, gonfle un côté, remue. Je souffle, et enfin, ça me frappe en dedans, je sens la colère de l’intérieur, la rage. Chacun son tour. L’air passe mieux, je repose ma tête sur l’oreiller, et je desserre mes dents. « Tu peux te rendormir, tout va bien. » Ça se calme dans le ventre, et moi, rassurée, je le hais toujours."

Camille Leyvraz, née en 1996, a grandi dans la ­campagne genevoise. Elle réside actuellement à Bienne. Diplômée de ­l’Institut littéraire Suisse, elle travaille en tant que libraire et imprimeuse. Elle se consacre d’abord à la poésie et y explore une langue brute dont elle recherche l’intensité. Passionnée par les lettres de plomb et la typographie, elle consacre une grande ­partie de son temps aux rouages de vieilles presses à imprimer. En 2020, elle a co-fondé Raubazine, une micro maison d’édition axée ­poésie basée à Bienne.

Author's books

Rouille

25.00 CHF

Dans une langue brute et sensorielle, Camille Leyvraz nous plonge dans un huis clos rural d’une beauté sombre où la nature, omniprésente, reflète la ­violence des âmes et le poids des silences. Rouille est un roman où le corps devient un champ de bataille, un lieu de lutte et de survie : une jeune femme porte un enfant contre son gré, né d’un viol dont l’auteur s’est volatilisé. Entre rage et résilience, elle se débat contre les non-dits, la ­fatalité et le regard d’un village qui juge, oppresse et condamne. Son frère, figure à la fois protectrice et énigmatique, ­l’accompagne dans ce quotidien ­oppressant qui, avec la force des liens ­familiaux, s’éclaircit peu à peu jusqu’à une forme d’apaisement.

 

Illustration de couverture : Anaëlle Clot